Plus d’efforts dans la prévention de la corruption par les marchés publics !

Même si une grande attention a été portée ces dernières années sur la disparition des paradis fiscaux, la levée du secret bancaire dans certains pays ou la tentative dans la compréhension de l’industrie visible (l’invisible étant connu sous l’appellation anglo-saxonne deep/dark web !) qui entoure le blanchissement d’argent, c’est à l’échelle nationale que doivent être prises des actions qui prohibent la corruption dans un pays.

La prévention de la corruption dans le cadre des marchés publics parait la solution la mieux adaptée pour la lutte nationale contre la corruption. Les marchés publics représentent une activité économique fondamentale des administrations publiques qui génère d’importants flux financiers. En partie en raison de leur taille et de leur complexité, ces marchés sont l’une des activités des administrations les plus exposées au risque de corruption.

Bien qu’ayant la volonté nécessaire, certains pays ne disposent pas d’outils nécessaires pour empêcher le gaspillage, la fraude et la corruption en ce qui concerne les marchés publics. Le Nigeria et le Mexique sont des pays pionniers dans ces domaines.

Une équipe d’experts de l’ONU a développé, sous ma direction, un ensemble de modèles et d’outils logiciels, dénommée goPRS (goprs.unodc.org), pour aider les Etats à lutter contre ce fléau. Ces outils sont installés au sein des agences nationales de régulation des marchés publics ou des instances concernées. Bien utilisés, ces outils ont un impact significatif dans les domaines suivants :

a)    la gestion des finances publiques

Les contrats publics ont un but d’intérêt général dans la plupart des cas et leur bonne exécution vise les objectifs de développement économique et de lutte contre la pauvreté. La corruption dans le secteur public a, donc, des effets d’autant plus néfastes qu’elle renvoie à la bonne gestion des deniers publics, la recherche de l’intérêt général, mais aussi à la garantie d’efficacité de l’action publique et de l’aide au développement.

goPRS est utile à la direction du budget de tout pays. Une direction du budget, chargée de l’élaboration du budget d’un Etat,  joue un rôle essentiel de conception et d’exécution dans le pilotage des finances publiques. La place de l’État dans l’activité économique et le poids des dépenses publiques lui confèrent un champ d’intervention particulièrement développé puisque toutes les politiques publiques sont, d’une manière ou d’une autre, conditionnées par une intervention financière.

b)    L’élaboration de la politique économique d’un pays

Les commandes publiques constituent un instrument privilégié de politique économique et elles doivent, à ce titre, être associées au premier chef à la réalisation des nouveaux objectifs économiques de nos pays.

Pourtant, il est difficile de mesurer la portée exacte de l’impact des commandes publiques sur l’économie : d’une part, la rareté des statistiques rend malaisée la tâche, empêchant les conclusions définitives ; d’autre part, les méthodes d’analyse des effets des commandes, tant d’un point de vue macroéconomique que microéconomique, demeurent encore imprécises ; enfin, la complexité du processus de décision en matière de marchés et son défaut de centre de gravité alourdissent la gestion effective des politiques.

goPRS est un ensemble de modèles et d’outils permettant de faciliter la compréhension des conditions d’utilisation économique des commandes publiques. Les économistes des institutions gouvernementales peuvent s’appuyer sur ces outils pour l’élaboration de la politique économique d’un pays. Les recettes fiscales constituant la principale ressource des États, goPRS permet aussi d’élaborer et de garantir une bonne politique fiscale.

c)    Le contrôle de l’aide publique au développement

Le point le plus important que représente la corruption dans les contrats publics notamment internationaux, semble être économique. Il s’agit de l’efficacité de l’aide au développement en faveur des pays émergents et de la question des investissements dans les pays. Le risque de pratiques corruptives réduit l’efficacité des aides et des investissements ce qui rend le développement économique plus difficile à réaliser.

Le FMI et la Banque Mondiale ont pris conscience de la nécessité de lutter contre ce problème considéré, à tort ou à raison, comme étant à l’origine de l’avortement des tentatives d’ajustements structurels pour le FMI et des politiques de développement économique de la Banque Mondiale.

Renseignement criminel et compétitivité des économies africaines : L’approche du CAVIE

D’après le rapport sur la compétitivité en Afrique 2015, l’Afrique a enregistré une croissance supérieure à 5% en moyenne, une main-d’œuvre de plus en plus abondante et l’émergence d’un vaste marché de consommation offrant des opportunités de croissance supplémentaires au cours des 15 dernières années. Ce rapport est le fruit de la collaboration entre le Forum économique mondial, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement/Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Les conclusions de ce rapport se rapprochent de celles de la plupart des analyses sur l’évolution de l’Afrique, louée comme le prochain continent émergent. Certains experts prédisent qu’au cours des cinquante prochaines années, l’Afrique aura toutes les chances de réaliser son ambition de créer une zone économique dynamique, diversifiée et compétitive avec une évolution démographique supérieure à celle de la Chine ou de l’Inde, trois fois supérieure à celle de l’Europe[1]. D’autres estiment que le potentiel en ressources naturelles du sous-sol de l’Afrique sera à l’origine d’investissements et les sociétés africaines pacifiques, stables et dynamiques ne connaîtront plus l’extrême pauvreté[2].

Dès lors, que faire pour que certains éléments de cette tryptique (croissance, ressources naturelles et évolution démographique) soient moins une source de tension mais plus une opportunité pour les Africains au détriment des pays riches qui chassent en meute nos richesses? Comment  renforcer la compétitivité des économies africaines en privilégiant une approche intégrale et intégrée fondée sur des données factuelles du renseignement criminel? Voilà les enjeux et la dimension du combat qui attendent les Africains dans les années à venir.

Le 4e forum des marchés africains émergents qui s’est achevé le 22 juin 2013 à Abidjan, a endossé la vision 2050 pour l’Afrique[3], élaborée en réponse à une demande de la 5e réunion ministérielle conjointe de l’Union Africaine et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique tenue en mars 2012.

Les participants à cette réunion conseillaient aux États africains de créer les conditions d’une croissance soutenue en mettant de l’ordre dans leur situation macroéconomique. Pour eux, nos gouvernements doivent suivre les politiques raisonnables et procéder à d’importantes réformes structurelles pour susciter une augmentation des flux d’aide, bénéficier d’allègements de la dette, et libérer nos propres ressources. Ces progrès pourront aboutir à la création d’un espace budgétaire grâce auquel les pays peuvent accroître leurs dépenses sociales et leurs investissements, en particulier dans les infrastructures et les services comme  les télécommunications, ce qui contribuera à rehausser le rythme de la croissance économique. Ils conseillaient aussi aux pays Africains d’accroître leur production agricole pour assurer une croissance plus solidaire, dont les bienfaits seront partagés de façon plus équitable entre tous les segments de la population, y compris les plus pauvres.

La réalité est que la décennie de croissance économique a beaucoup moins réduit la pauvreté en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde. Le tiers des habitants du monde, en situation d’extrême pauvreté, vivant avec moins de 1,25 dollar par jour sont actuellement concentrés dans cette région, contre 11% il y a trente ans ; soit plus de 400 millions de personnes !

La quasi-totalité des pays africains ayant mené des études nationales de perspectives à long terme ont identifié la compétitivité comme une question stratégique clef dans le contexte actuel. Un contexte marqué par l’avancée significative de l’économie de marché et de l’idéologie libérale, l’émergence de pays nouvellement industrialisés, la mondialisation des échanges, la constitution de blocs économiques et régionaux, le Brexit et la remarquable accélération des innovations technologiques. Ces transformations touchent directement les pays africains qui doivent trouver des réponses appropriées pour que leur croissance économique et leurs ressources naturelles du sous-sol soient bénéfiques à ces millions de jeunes Africains annoncés en 2050.

Faute de quoi, l’Afrique sera très mal partie ou plutôt en danger car le risque est grand que sa jeunesse soit exclue du marché du travail et de l’économie structurée, avec pour résultante un chômage croissant. La croissance, elle-même, pourrait devenir une source d’instabilité (comme les ressources naturelles du sous-sol le sont déjà !) sans les voies et moyens de la rendre inclusive.

À l’aube des « Trentes Glorieuses » de l’Afrique, il y a certes beaucoup d’améliorations à apporter dans plusieurs domaines notamment la démocratie, la gouvernance, le leadership, l’intégration et de coopérations régionales, ou l’engagement de la diaspora pour le développement du Continent. C’est tout aussi vrai qu’à travers la Françafrique, l’ensemble des relations personnelles, des mécanismes politiques, militaires et culturels permettent à la France de continuer à piller ses anciennes colonies et d’autres pays africains. A l’instar du franc CFA, qui est toujours un outil de contrôle politique et économique de la France sur les pays africains de la zone franc.

Incontestablement, l’Afrique devra surmonter de multiples obstacles pour mettre à profit ce potentiel. Pour que sa croissance puisse être plus équitable et bénéficier à un plus large pan de sa population, il faut que les pays africains passent à des activités à plus forte valeur ajoutée, qui créeront des emplois de qualité pour leur population, de plus en plus nombreuse, et qui jetteront les bases d’une croissance soutenue. L’Afrique dispose de tous les ingrédients nécessaires à cette fin, et les décisions prises et les actions engagées aujourd’hui détermineront sa capacité à atteindre un niveau de prospérité plus élevé et accroître sa compétitivité.

Par une analyse détaillée des problèmes de compétitivité auxquels il est urgent de remédier, le renseignement criminel assorti d’une boîte à outils faite de veille technologique, économique, scientifique… mais aussi d’influence pourra aider à lever les obstacles et les difficultés qui empêchent les économies africaines d’exploiter tout leur potentiel.

C’est cet état d’esprit soldé par une politique affirmée que promeut le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique en abrégé (CAVIE). L’honneur m’échoit  de proposer, dans le cadre de la plateforme du CAVIE, un modèle qui sustenterait des notes mensuelles sur le rapport du renseignement criminel à la compétitivité des économies africaines à travers un ensemble d’études stratégiques et internationales en tenant compte des facteurs endogènes et exogènes qui ont des effets sur ces économies.



[1] Lire le rapport des Sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel intitulé « L’Afrique est notre avenir »;  http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-1041.pdf.

[2] Banque africaine de développement; « L’Afrique dans 50 ans vers une croissance inclusive», Aout 2011.

[3] Lire le rapport « Afrique 2050 : Réaliser tout le potentiel du Continent »

Save the Date: Speaking Engagement at the University of Vienna

Title: Mastering Disruptive Innovation and Technology
Date: Thursday 2 march 2017 at 17:30
Venue: BIG Hörsaal, University of Vienna, Universitätsring 1, 1010 Vienna

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I have been invited, as a guest speaker, to join the debate jointly organized by Aphropean Events and the University of Vienna under the framework of FRONTIERS OF DIALOGUE.

FRONTIERS OF DIALOGUE is designed to facilitate open debates about issues and developments in the fields of business, politics, science and technology. Transborder talents and thought leaders in the private sector, civil society and government relation actively engage and exchange views on matters of common interest.

The audience includes the General Public and Media.

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